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 don't be afraid. there's the two of us now (waise)

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Sujet: don't be afraid. there's the two of us now (waise)   Sam 21 Avr - 3:05




“ This is our time. Until that time stops - for one of us, for both – it is our time. Now. Will you waste it, because you are afraid ? ”

C’était une belle journée d’avril à Trois-Rivières. Fraîche, comme souvent, mais ensoleillée. Louise était bien tentée de ne pas aller travailler, rester sur le balcon de cet appartement à observer ce ciel parfaitement bleu ou se promener dans un parc non loin de là. Jude avait essayé de la retenir, pour la énième fois, la sommant de ne pas se fatiguer, de garder son énergie pour des activités plus plaisantes et après réflexion, elle aurait peut-être dû l’écouter. Juste cette fois-ci, essayer de ne pas lui tenir tête, créer une nouvelle dispute qui se terminerait en larmes à dévorer un pot de glace devant un épisode de Friends qu’elles ne connaissaient que trop bien. Parce que depuis quelques jours, quelques semaines, l’état de Louise s’aggravait. Et tout portait à croire que ses limites seraient bientôt atteintes. Autant de signaux d’alarme qu’elle ignorait, pas parce qu’elle était totalement inconsciente mais plutôt parce qu’elle ne voulait pas sentir la peur l’envahir. Celle de devoir partir bientôt, de les laisser derrière eux. Cette peur ne devait pas dévorer le peu de temps qui lui restait. Avant de partir, elle avait jeté un œil rapide sur le calendrier accroché au mur, où le vingt-huit était entouré plusieurs fois au feutre rouge. Plus que quelques jours avant le vingt-et-unième anniversaire de sa petite sœur, qui les comptait cette année plus que les précédentes. Le délai qu’elles s’étaient accordées arrivait bientôt à sa fin, apportant par la même occasion un nouvel espoir et le retour des difficultés. Louise était arrivée à la boutique de ponchos le souffle court et la mine encore plus fatiguée que la veille. Elle avait renoncé à s’y rendre à pieds mais l’arrêt de bus le plus proche de l’appartement se trouvait à cinq minutes de marche. Cinq minutes de trop, qu’elle devrait répéter ce soir en rentrant, toujours plus fatiguée. Cinq minutes qu’elle devrait bientôt écourter, en se faisant conduire par sa sœur ou un taxi, simplement parce qu’il était trop difficile de s’avouer vaincue. Maria l’avait invitée à s’asseoir pour se calmer, avec cet air triste dont elle ne parvenait pas à se défaire depuis que Louise lui avait annoncé la nouvelle. Tout lui semblait amplifié : le temps ne s’écoulait plus, sa démarche était lente et chaque inspiration écorchait ses poumons. Elle s’était installée à la caisse, dans un fauteuil bien confortable pendant que Maria s’occupait des quelques clients. D’un œil amusé, elle vit cet horrible poncho qu’elle s’était promis de vendre avant la fin du mois, à défaut de l’acheter elle-même pour ne pas avoir à perdre. Cette pensée la fit rire, doucement, puis tousser, un peu fort. Et le sol paraissait dangereusement instable, perchée sur ce fauteuil, à mesure où cette quinte de toux s’intensifiait. Il s’était comme dérobé sous ses pieds lorsqu’elle essaya de se lever, alors qu’elle tentait difficilement de s’accrocher à ce qu’elle pouvait. La vision troublée, la respiration sifflante, sa main se teignit de tâches écarlates puis les bouffées de chaleur, la sensation de vertige l’envahirent de nouveau.

Elle se souvenait du regard apeuré de Maria et de ses mains qui tremblaient beaucoup trop pour tenir le téléphone. Quelqu’un dans le magasin s’en était chargé à sa place alors qu’elle s’afférait auprès de Louise, encore consciente mais loin, très loin de Trois-Rivières. Et puis plus rien. Elle rouvrit les yeux dans l’ambulance, une douleur vive au thorax, plus forte à chaque petite bosse sur la route. Son cœur se tordit à imaginer que c’était ça, sa fin, loin de sa famille, de ses amis, de Wade. Et la peur l’envahit enfin, la peur de fermer les yeux pour ne plus jamais les rouvrir. Mais Louise avait lutté beaucoup trop longtemps et ses forces étaient complètement épuisées. Alors elle glissa de nouveau dans ce sommeil profond, noir, là où rien ne se passait. Et tout devint blanc. Blanc éblouissant, blanc comme un plafond d’hôpital. Elle entendit des voix lointaines, vit des ombres s’animer autour d’elle et une main tenir la sienne. Les sons devinrent plus clairs dans son esprit et elle parvint à discerner la voix de Jude, dont les traits se précisaient doucement devant elle. Le bruit des machines finit par la perturber, comme le masque à oxygène posé sur son visage. Mais elle était bien trop faible pour le retirer, et beaucoup trop effrayée pour s’en séparer. « Tout va bien. Tout va bien, Lou. N’essaye pas de parler, reste calme. T’es à l’hôpital, mais la situation est stable. Tu comprends ? » Elle hocha doucement la tête, inspira difficilement et resserra l’étreinte autour de sa main. Pour s’excuser, la remercier d’être près d’elle. « Il va falloir prévenir papa et maman. Fini le jeu, d’accord ? » Et elle hocha la tête de nouveau, sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle ne pouvait plus se permettre de garder ça pour elle, pas à ce stade. « Essaye de te reposer. Je bouge pas d’ici. » Elle aurait voulu lui dire qu’elle savait et qu’elle n’en doutait pas, mais elle s’était contentée de sourire, tendrement. Au bout de quelques minutes, elle se racla la gorge et tenta de formuler quelques mots. « Wade est là ? » Tout ce qu’elle voulait lui épargner l’avait rattrapée : cet état qui l’empêcherait de faire comme si tout allait bien, qui ne présageait rien de bon. Et elle n’eut pas besoin de lui demander s’il viendrait lui rendre visite, puisqu’elle savait que ce serait le cas. Elle avait besoin de lui plus que jamais, Wade, l’homme qu’elle aimait, et non pas le médecin à en devenir. « Il est peut-être temps, Jude, d’arrêter... » Sa voix se brisa alors que quelques larmes perlaient sur ses joues. Et celle de sa sœur s’éleva dans les airs pour ne plus s’arrêter. « Tu peux pas abandonner. Tu peux pas. C’est bientôt mon anniversaire et je le passerais pas sans toi. T’es censée être là. Tu devrais être là. Je sais que tu veux être présente. Je suis même sûre que t’as déjà mon cadeau emballé et caché dans un placard derrière les vêtements d’été. C’est pas à moi d’aller le chercher, mais à toi de me l’apporter. Je veux pas d’un cadeau de ma sœur décédée. » Si Louise avait eu une adolescence plutôt difficile, Jude n’avait pas été épargnée par la maladie. Elle avait été contrainte de grandir trop vite et de se débrouiller seule alors que toute l’attention était concentrée chez son aînée. Mais la benjamine était bien plus forte que les Mansfield imaginaient. « Ju… – Tu peux pas tout laisser tomber si près du but ! » Et elle ne comptait pas le faire. « Fais pas ça, nous abandonne pas… » Mais elle n’entendit pas ses derniers mots, la douleur venant la frapper encore plus fort, la faisant grimacer au passage. L’air lui manquait, d’un coup, beaucoup trop vite et les grandes inspirations qu’elle s’efforçait d’appliquer étaient vaines. La panique comprimait sa cage thoracique alors qu’elle essayait de s’accrocher, de pas abandonner, mais les bips qui résonnaient dans sa chambre ne firent qu’aggraver la situation.  La porte s’ouvrit de nouveau, sur des infirmières et quelques médecins et elle crut voir Wade s’approcher d’elle en courant avant que la fatigue ne la gagne de nouveau, alourdissant ses paupières, l’empêchant de lutter malgré toute sa bonne volonté. « Loui– » La douleur s’était envolée, la peur transformée en une douce chaleur et la fatigue disparue. Mais elle savait que ce repos n’était que de courte durée, parce qu’elle ne comptait pas abandonner. Pas cette fois-ci.

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